Plus tard, n'ayant pas voulu quitter la chambre, je me retrouvai seul. J'en profitai enfin pour aller voir ce qu'il y avait de l'autre côté de la fenêtre. À ma plus grande déception, il n'y avait pas des champs de verdure incroyablement haute, ni des enfants libres qui riaient en gambadant main dans la main. Il n'y avait qu'un mur de briques dont le soleil ne voulait même pas briller dessus. J'aurais voulu ouvrir la fenêtre pour sauter en bas et risquer au moins une fracture plutôt que de rester ici et d'attendre peut-être des années avant de pouvoir ressortir. Oui, j'aurais voulu, mais il y avait des barreaux qui m'avaient été invisible hier soir d'où j'étais. Je doutais qu'ils aient été posés pour moi. C'est plutôt une protection pour les occupants de cette maison. Tous ces gens qui fument des substances illicites en bas, je ne pense pas qu'ils la gardent juste pour eux...
J'entendis les escaliers craquer proche de la chambre et je sursautai. Une partie de moi espérait que ça ne soit pas Wyatt qui revienne déjà, mais une autre partie préférait que ça soit lui plutôt qu'un de ces vieux soûlons avec les neurones entièrement brûlées qui traînait avec les autres. L'idée de me cacher sous le lit me vint à l'esprit, mais je me disais que j'aurais l'air stupide alors je restai immobile devant la fenêtre. La porte s'ouvrit lentement, avec douceur et je le vis...un garçon aux cheveux châtains qui tombaient raide sur sa tête blanche. Ses deux yeux, qui ressemblaient à des saphirs, étaient si éclatants qu'ils illuminaient son visage même si ses lèvres et son teint très pâle avaient l'idée de faire du contraste. Il avait une silhouette très fine, à croire qu'on ne le nourrissait pas assez. Apeuré, j'eus peur que cela devienne mon cas aussi. Comme s'il était effrayé de trouver un humain dans la pièce, le garçon inspira maladroitement et préféra ne pas s'aventurer dans la chambre. Il lança un mot d'excuse et avant qu'il puisse fermer la porte, je lui priais d'attendre. Il me fixa avec ses pierres précieuses couleur océan. Je vis sa pomme d'Adam bouger par la déglutition de sa salive. Je ne comprenais pas sa nervosité, mais s'il était dans les mêmes draps que moi, je voulais le connaître davantages. Je m'avançais vers lui comme on approche on animal sauvage terrorisé par l'être humain. Il referma la porte derrière lui et d'un geste vif, il me prit dans ses bras en serrant fortement. Surpris, je fis de gros yeux ronds jusqu'à ce qu'il prenne la parole, en sanglotant.
X : J-Je suis désolé...tellement désolé...
Jesse : P-Pourquoi?
Il prit une pause. J'avais senti dans sa voix qu'il avait eu de la misère à sortir cette phrase. Je posai mes mains dans son dos pour l'aider. De cette façon, j'acceptais le calin et la conversation en même temps. Il était à peine plus grand que moi, je savais qu'il avait à peu près mon âge.
X : Il t'a prit...
À ce moment-là, je savais de quoi il parlait et surtout, de qui. Je me mis à pleurer et pleurer. Si le garçon ne me tenait pas, je serais tombé à genoux, non, je me serais écroulé sur le plancher. Les quelques mots qu'il m'avait adressé m'avaient détruit. Juste dans cette phrase, j'avais compris : « Tu t'es fait attraper, tu es fait comme un rat, tu resteras ici pour toujours et tu devras te soumettre à eux le reste de ta vie. » Cette fois-ci, c'était moi qui paniquais. Je tremblais tellement qu'à un moment donné, le garçon s'est mis à me bercer pour tenter de me calmer. Cela fonctionnait parce que bientôt, tous mes membres se détendirent d'un coup. Je n'osais pas relever la tête pour le regarder à travers mes larmes, j'avais trop honte.
X : Dit-moi, quel est ton nom?
La tête collée contre son torse, je répondis, la voix vacillante. Il me flatta les cheveux en me disant que tout allait bien et que je n'avais pas à m'en faire. C'était faux, il n'avait pas raison de me confirmer cela et il le savait tout aussi bien que moi, mais je trouvais le geste sympathique. Timidement, je lui demandai son nom en retour.
X : Evan
Ne le regardant toujours pas, j'hochai de la tête, espérant qu'il sente le geste contre son corps. J'aurais voulu rester des années entières de cette manière, je me sentais protégé. J'avais même oublié qu'on me retenait ici contre mon gré jusqu'à ce qu'une voix déchirante se fisse entendre. Un homme venait d'hurler le nom du gentil garçon. Ce dernier me poussa vivement et deux secondes après, le dénommé Seth entra dans la chambre. Lorsqu'il me vit, il souria et me lança un clin d'½il. Je fus dégoûté.
Seth : Tiens, vous avez fait connaissance! Jesse, ça c'est Evan, ma pute!
Evan se renfrogna sous l'insulte odieuse. Je ne pouvais pas croire qu'on dise ça de lui, je failli répliquer, mais j'avais bien trop peur. De plus, l'odeur d'alcool qui se dégageait de Seth laissait croire qu'il n'allait pas être très sympa si une dispute éclatait. Je me contentai de fixer le plancher histoire de ne pas provoquer quoique ce soit avec mon langage corporel. Seth attrapa le poignet d'Evan et l'attira vers lui. Ce n'est qu'à ce moment-là que je vis de nombreuses marques bleues sur ceux-ci. C'était horrible de voir la réaction du pauvre garçon face à ce geste brusque. Je serrai la machoîre tant l'idée de tous les tuer occupait mon esprit.
Jesse : Evan, je suis heureux de pouvoir te connaître.
Je tendis la main, ne donnant pas le choix à Seth de lâcher le bras de sa victime pour qu'elle me la serre. Dans son sourire, je vis un remerciement qui me donna chaud au c½ur, mais il mourit très vite et je devinai pourquoi; cette violence minime n'était qu'une chose parmi tant d'autres. Puis ce fut au tour de Wyatt de faire irruption dans la pièce. À la vue de son ami, Seth tira Evan dans le couloir. Mon visage était crispé en le voyant se faire traîner comme un chien ne voulant quitter un pied d'arbre.
Wyatt : Il a 17 ans. Presque de ton âge, c'est chouette non?
Je ne répondis pas. Qu'y avait-il de génial dans le fait qu'un autre adolescent comme moi était séquestré ici? Je devinai vite la cause de son air stupide, il avait fumé quelque chose qui détruisait son intelligence. Je profitais du fait qu'il planait pour trouver un objet en vue de l'assassiner. Je détestais ce plan, mais en situation de danger, on a le droit d'éliminer qui on veut et en ce moment, je l'étais. Puis, imaginant le tas d'armes qu'une seule personne devait porter sur lui et la mort bruyante que serait celle de Wyatt, je me concoctai un nouveau plan. Je devais le tuer dans son sommeil, sans faire de bruit. Ce soir-là, je me fis encore violer. Cela nourrissait ma colère et j'en avais bien besoin pour pouvoir tuer un humain de mes propres mains. J'avais pensé lui rentrer un couteau dans le c½ur, comme les balles tirées d'une arme font beaucoup de bruit et comme le frapper plusieurs fois à la tête avec un objet lourd était trop abominable. Mon premier choix aurait été de l'empoisonner, mais je n'avais pas les ingrédients nécessaires et il risquerait d'être alarmé par les symptômes étranges. J'avais aussi eu l'alternative de l'étouffer avec un oreiller, mais c'était long et ses cris ainsi que ses mouvements auraient le temps de faire comprendre à ses copains qu'il était en danger. Bref, j'en savais beaucoup sur les meurtres, ayant vécu dans la rue, et je savais parfaitement de quelle façon j'allais tuer Wyatt. Ce troisième rapport sexuel ne m'avait pas vraiment affecté comme les deux autres puisque je ne pensais qu'au moment où ce monstre serait mort.
Wyatt lâcha un long soupir et il ressortit sa queue dégoûlinante de sperme de mon corps. Il se lança à ma gauche, en position de l'étoile, satisfait de sa « prestation ». Moi je ne fixai que le tiroir où j'avais repéré un couteau bien aiguisé en après-midi. J'aurais voulu sortir de la chambre et aller m'ôter toute cette crasse sur mon corps, mais j'avais peur du couloir. J'étais comme devenu agoraphobe, mais je craignais plus l'extérieur de la chambre, donc la maison, plutôt que de sortir de celle-ci. En cette heure avancée de la nuit, ma seule occupation était le souffle de Wyatt. J'attendais qu'il diminue, qu'il prenne un rythme plus lent qu'à l'ordinaire. Je ne me concentrais que sur cela. Malgré les rires insistants en bas, je pouvais très bien entendre ses inspirations et ses expirations. Écouter quelqu'un s'endormir, me faisait fermer les yeux aussi, mais je me jurai de liquider cet homme avant de dormir. Soudain, je pensai à Evan. Mon plan était de tuer Wyatt et de m'enfuir en douce au rez-de-chaussée, mais je n'avais pas inclu Evan dans mon évasion. Je ne pouvais pas le laisser ici. Les rires des fêtards me brisèrent les tympans et je plissai des yeux en pleurant.
Jesse : Non, je dois le faire...je vais revenir pour toi Evan...